Le New York Times, le New York Daily News, le Chicago Tribune et l’Orlando Sentinel ont déposé une plainte collective contre Brave Software, l’entreprise derrière le navigateur éponyme. Selon le dossier, le navigateur aurait non seulement contourné les paywalls de ces médias, mais aurait aussi fourni des copies de leurs articles à des acteurs de l’Intelligence artificielleEnsemble de techniques permettant à des machines d'accomplir des tâches nécessitant habituellement certaines capacités humaines, comme la reconnaissance, la prédiction ou la prise de décision. afin d’alimenter leurs modèles.

Un accès non autorisé au « Brave Index »

Brave propose à ses utilisateurs un service appelé « Paywall blocker » qui, comme son nom l’indique, supprime les barrières payantes des sites d’information. La plainte affirme que le navigateur n’a jamais demandé l’accord des éditeurs pour indexer leurs pages, encore moins pour les redistribuer à des tiers. En échange, Brave aurait monétisé cet index en vendant un accès « en temps réel » à des sociétés d’IA telles qu’Anthropic, Perplexity, Mistral, Explainable AIEnsemble de méthodes visant à rendre les résultats ou le fonctionnement des systèmes d'intelligence artificielle plus compréhensibles. ou Cohere. Ces entreprises utiliseraient les articles pour entraîner leurs modèles ou pour répondre directement à des requêtes d’utilisateurs, ce qui, selon les plaignants, constitue une violation du droit d’auteur.

Réaction des médias et des avocats

Graham James, porte‑parole du New York Times, a déclaré que Brave « a bafoué la loi sur le droit d’auteur » et a ignoré les multiples demandes d’arrêt du comportement incriminé. L’avocat Steven Lieberman, qui représente les trois autres journaux, a ajouté que les géants de l’IA cherchent désormais à éviter d’être accusés de vol de contenu, et que Brave leur fournirait « une porte dérobée » vers du journalisme qu’ils n’ont aucun droit de revendre.

Les entreprises concernées n’ont pas immédiatement commenté la plainte. Un porte‑parole de Perplexity, Jesse Dwyer, a toutefois lancé une pique en affirmant que le New York Times « surpayait ses avocats et sous‑payait ses journalistes », insinuant que le média aurait pu détecter plus tôt l’usage détourné de son contenu.

Enjeux pour les utilisateurs et les éditeurs

Pour les lecteurs, le blocage des paywalls signifie un accès gratuit à des articles qui, autrement, seraient payants. Cette pratique met en péril le modèle économique des salles de rédaction qui dépendent des abonnements. Du côté des IA, disposer d’un flux continu d’articles récents permet d’améliorer la pertinence des réponses, mais soulève la question du respect des droits d’auteur.

Si la justice retient la plainte, Brave pourrait être contraint de cesser la redistribution des contenus et de compenser les éditeurs pour les usages passés. Les plateformes d’IA, quant à elles, devront probablement revoir leurs accords de données et s’assurer que leurs sources respectent les licences.

Quelles perspectives ?

Le dossier n’est pas encore jugé, et les parties se préparent à une phase de découvertes qui pourrait éclairer l’étendue réelle du partage de données. En attendant, les éditeurs intensifient leurs efforts pour protéger leurs contenus, tandis que les navigateurs et les services d’IA évaluent les risques légaux d’une collecte massive d’informations en ligne. Le débat met en lumière le point de friction entre l’accès libre à l’information et la nécessité de rémunérer la création journalistique.

Le verdict de ce procès pourrait dessiner les contours d’une nouvelle règle du jeu pour le web, les navigateurs et l’intelligence artificielle.

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