Le 1er novembre, lors de la conférence Transcatheter Cardiovascular Therapeutics à San Diego, les résultats d’une petite étude pilote ont été présentés : vingt patients ont bénéficié d’une intervention coronaire percutanée réalisée majoritairement par le robot développé par Robocath, filiale de Stereotaxis. Parmi eux, dix‑neuf procédures se sont déroulées entièrement sous contrôle robotique, soit un taux de succès technique de 95 %. Aucun incident lié au dispositif n’a été signalé pendant les trente jours de suivi.
Une première validation clinique
L’étude, conduite au Centre Cardiologique du Nord à Saint‑Denis par les cardiologues interventionnels Mohammed Nejjari et Franck Digne, a utilisé le système robotique de nouvelle génération capable de manipuler jusqu’à cinq dispositifs simultanément (guides, ballons, cathéters). Les patients présentaient des lésions coronaires de complexité variée – des classes A/B1 aux plus difficiles B2 et C, incluant des artères distales tortueuses. Le critère de succès clinique était une sténose résiduelle minimale à l’issue de l’intervention, critère atteint par les vingt patients.
Une seule procédure a nécessité une conversion manuelle, expliquant la différence entre le taux de succès clinique (100 %) et le taux technique (95 %). Aucun accident vasculaire ni événement majeur n’a été enregistré, ce qui confirme la sécurité du dispositif dans ce petit groupe.
Pourquoi la robotique est-elle intéressante pour les cardiologues ?
Outre la précision mécanique, le robot permet aux opérateurs de travailler à l’abri du rayonnement fluoroscopique. La réduction de l’exposition aux rayons X est un argument récurrent : les cardiologues accumulent des doses importantes sur leur carrière et portent souvent des protections lourdes. En retirant le médecin du champ de rayonnement, le robot améliore les conditions de travail et pourrait, à long terme, diminuer les risques liés à l’exposition.
La capacité à gérer plusieurs dispositifs en même temps ouvre la voie à des procédures plus complexes, où le passage d’un guide à un autre ou le changement de ballon doit être réalisé rapidement. Cette flexibilité est un atout pour les interventions sur des lésions difficiles d’accès.
Limites et perspectives
L’étude reste préliminaire : vingt patients, aucun groupe de comparaison et un seul centre. Les données sur la durée des procédures, la courbe d’apprentissage des équipes et les bénéfices concrets par rapport aux méthodes traditionnelles sont encore à collecter. Stereotaxis indique qu’elle prépare les dossiers réglementaires, mais aucun calendrier d’autorisation ou de commercialisation n’a été communiqué.
Un article détaillant ces résultats a été soumis à une revue scientifique et attend encore la validation par les pairs. Si les prochains essais confirment ces premiers succès, le robot pourrait s’inscrire dans la pratique courante des cathlabs, surtout pour les cas les plus complexes.
Au‑delà du premier pas
Pour l’équipe de Robocath, la phase la plus importante a été de passer du stade de validation technique à l’usage clinique réel. Le fait de couvrir un éventail de lésions, y compris les plus difficiles, montre que le système n’est pas limité à des scénarios idéaux. La suite du développement devra quantifier l’impact sur le temps opératoire, la répétabilité des résultats et les économies potentielles liées à la réduction du rayonnement.
En attendant l’obtention d’une autorisation officielle, le robot coronaire de Robocath reste un prototype prometteur, déjà capable d’assister les cardiologues dans des interventions délicates tout en améliorant leur confort de travail. Le prochain défi sera de démontrer, sur un plus large panel de patients et de centres, que ces avantages se traduisent en bénéfices cliniques mesurables.





