Le Home Office a dévoilé, le 4 novembre 2026, un projet de loi visant à encadrer l’usage de la reconnaissance faciale et d’autres technologies biométriques par les forces de l’ordre. L’objectif affiché est de remplacer le « patchwork » actuel de règles par un dispositif unique, plus lisible et doté d’un contrôle renforcé.

Un cadre « statutaire » en construction

Le texte proposé couvrirait la reconnaissance faciale, les systèmes biométriques et les technologies dites « inférentielles », capables d’interpréter des émotions ou des intentions. Deux codes de pratique seraient instaurés : l’un pour les autorités publiques, l’autre pour le secteur privé, notamment les commerces qui utilisent la reconnaissance faciale pour lutter contre le vol. Le cadre s’appuierait sur le Protection of Freedoms Act de 2012, tout en ajoutant des obligations spécifiques aux utilisateurs autorisés.

Un organisme de contrôle centralisé

Un nouveau corps de surveillance regrouperait les missions du Biometrics and Surveillance Camera Commissioner et du Forensic Science Regulator. Il aurait le pouvoir d’auditer les déploiements, d’imposer des normes de test indépendantes et, en cas de manquement grave, de saisir le tribunal pour obtenir une injonction. Le projet prévoit également la participation du public à la surveillance des pratiques policières, afin de rendre le contrôle plus transparent.

Conditions d’usage plus strictes

Selon le texte, le recours à la reconnaissance faciale doit être « intelligence‑led » et proportionné. Une autorisation ne pourra être donnée que si les agents estiment que des personnes recherchées se trouvent dans la zone surveillée. La gravité du crime ne sera plus le seul critère : la taille du dispositif, son impact sur les droits individuels et la justification détaillée seront également évalués. Seuls les officiers d’un rang minimum, ou leurs équivalents autorisés, pourront valider ces opérations.

Premiers résultats et limites

Le gouvernement a déjà investi 11 millions de livres pour tripler le parc de fourgonnettes de reconnaissance faciale mobiles en Angleterre et au Pays‑de‑Galles. Une phase pilote de caméras fixes à Croydon, menée d’octobre 2025 à mars 2026, aurait conduit à 173 arrestations. Le Metropolitan Police a indiqué une baisse de 10,5 % de la délinquance dans le même secteur, mais aucune preuve directe ne lie cette évolution à la technologie.

Le Home Office affirme que des tests indépendants d’un nouvel algorithme rétrospectif ont montré une grande précision et aucune discrimination selon l’âge, le genre ou la race. L’outil devrait être déployable en 2027, après validation des tests déjà réalisés sur les fourgonnettes.

Les réserves du public

La consultation publique, qui s’est tenue du 4 décembre 2025 au 12 février 2026, a recueilli plus de 12 500 courriels et 1 260 formulaires complets. Les réponses ont souligné des inquiétudes majeures : sécurité des données, durée de conservation, risque de réutilisation à d’autres fins et crainte d’une surveillance de masse déguisée. Plusieurs intervenants ont demandé des garanties de retrait des données dès qu’elles ne sont plus nécessaires et un droit d’opt‑out effectif.

Le texte propose des tests d’indépendance pour détecter tout biais, ainsi que des seuils clairs pour les contrôles ciblés de bases de données publiques. Toutefois, les critiques estiment que la mise en pratique de ces garde‑fous reste incertaine et que le pouvoir d’injonction du nouveau organisme pourrait s’avérer difficile à mobiliser.

Perspectives

Si le cadre législatif est adopté, il marquera la première tentative au Royaume‑Uni d’encadrer de façon exhaustive les technologies biométriques utilisées par la police. Le vrai défi sera de garantir que les contrôles prévus ne restent pas de simples formalités, mais qu’ils empêchent une dérive vers une surveillance généralisée. Le débat reste ouvert, et les prochains mois seront décisifs pour observer comment les autorités traduiront ces principes en pratiques quotidiennes.

Une lecture à partager ?
Partager
Partager cet article
WhatsApp ↗LinkedIn ↗Facebook ↗X ↗E-mail ↗

POUR CONTINUER

Garder le fil.

Toutes les actus ↗