Fin septembre 2024, le premier roman de Thélyson Orélien, C’était ça ou mourir, venait d’être sacré au prix du Roman Fnac 2026. L’œuvre, publiée d’abord au Canada par Boréal en mars puis en France par Grasset en août, avait déjà récolté les prix Méduse, Première Plume et le Roman News Publicisdrugstore. Les jurys du Renaudot, du Femina, du Médicis et du Goncourt l’avaient placée en première sélection.
Les accusations et leurs sources
Le 21 septembre, un compte anonyme sur X, nommé "Balance ton Claude", a publié une série d’allégations selon lesquelles le texte aurait été rédigé par une Intelligence artificielleEnsemble de techniques permettant à des machines d'accomplir des tâches nécessitant habituellement certaines capacités humaines, comme la reconnaissance, la prédiction ou la prise de décision.. L’auteur s’appuie sur Pangram, un logiciel qui analyse le style et attribue une probabilité d’origine automatisée. Thélyson Orélien a contesté ces affirmations dans Libération, rappelant que l’écriture avait débuté en 2017, bien avant l’arrivée de ChatGPT, et que son style reflète un parcours multilingue. Plusieurs écrivains ont d’ailleurs pris sa défense, soulignant que les outils de détection peuvent se tromper quand le texte sort des schémas habituels.
Réactions des institutions
Le 25 septembre, l’Académie Goncourt a retiré le roman de sa première sélection, invoquant à la fois les accusations de plagiat – un passage aurait été repris d’une poétesse cubaine dans le recueil Le Temps qui reste publié en 2015 – et les résultats du logiciel Pangram. La décision n’a pas fait l’unanimité parmi les jurés. Boréal, la maison d’édition québécoise, a suspendé la promotion du titre et a annoncé un audit avec l’auteur pour reconstituer le processus d’écriture. Face à l’absence de preuves tangibles apportées par Orélien, l’éditeur a rompu le contrat à la fin du mois d’octobre, précisant que le livre ne serait plus réimprimé.
Impact sur les ventes
Malgré la polémique, les chiffres de vente sont restés robustes. NielsenIQ Book Data indique plus de 46 700 exemplaires écoulés, le classement en librairie ayant même progressé pendant la crise médiatique. Certains lecteurs semblent avoir acheté le livre par curiosité, d’autres l’avaient déjà lu et apprécié avant l’affaire. Le texte lui‑même n’a pas changé entre la remise du prix Fnac et le retrait du Goncourt ; seule la perception de son mode de création a évolué.
Enjeux pour l’édition
Cette affaire met en lumière le rôle grandissant des logiciels de détection d’IA comme nouveaux arbitres de la littérature. Si ces outils offrent une première alerte, ils restent susceptibles de faux positifs, notamment pour des auteurs dont le style est atypique ou multilingue. Le risque d’une accusation prématurée est réel : il peut suffire à entacher une carrière et à déclencher des ruptures contractuelles. Pour les écrivains, la recommandation la plus concrète consiste à conserver des brouillons datés, des versions intermédiaires et les échanges avec les éditeurs. Les maisons d’édition, de leur côté, devront clarifier dans leurs contrats ce qui est autorisé en matière d’assistance algorithmique.
Le débat montre que la question de l’authenticité littéraire ne se limitera plus à la créativité humaine, mais s’étendra aux processus de création assistés. Alors que les jurys tentent de définir ce qu’ils récompensent – le texte ou le travail de l’auteur – le secteur de l’édition doit préparer des règles claires pour éviter que chaque première œuvre remarqué ne soit immédiatement soumis à un examen algorithmique.





