Après des décennies d’utilisation d’un support qu’on ne trouve plus dans le commerce, la Federal Aviation Administration (FAA) commence à retirer les fameuses disquettes de 1,44 Mo des postes de travail des contrôleurs. Cette décision, annoncée par le secrétaire aux Transports Sean Duffy, marque le lancement officiel de la mise à la retraite du matériel hérité des années 80.

Un système vieillissant

Les écrans qui affichent la météo, les pannes d’équipement ou les avis des pilotes fonctionnent encore grâce à des ordinateurs capables de lire des disquettes – un format que Sony a arrêté de produire en 2011 et qu’Apple avait déjà retiré de ses iMac en 1998. Le GAO, l’équivalent américain de la Cour des comptes, indiquait en 2024 que 90 % de l’infrastructure critique du contrôle aérien devait être modernisée ou était déjà hors de sa durée de vie prévue. La difficulté d’entretenir ces machines vient du manque de pièces détachées et de techniciens capables de les réparer, ce qui a déjà entraîné des interruptions de service, comme la panne de janvier 2023 qui a suspendu les décollages à l’échelle nationale.

Vers la plateforme E‑IDS

Le projet, nommé Enterprise Information Display System (E‑IDS), vise à regrouper sur un seul écran toutes les données actuellement dispersées sur plusieurs postes. La plateforme, développée par Leidos depuis son attribution en août 2020, combine météo en temps réel, alertes de pannes, fermetures d’espace aérien et messages des pilotes. Les premiers écrans ont été installés sur cinq sites – Atlantic City, Nashville, Rochester, ainsi que deux centres de données à Atlanta et Salt Lake City – et la FAA prévoit d’équiper les 435 installations d’ici fin 2028.

Le rythme peut sembler lent : six ans se sont écoulés entre l’attribution du contrat et le déploiement initial. La FAA justifie cette durée par la nécessité de tester chaque modification dans un environnement où la moindre erreur pourrait mettre en danger le trafic aérien. Le coût du programme reste élevé ; Duffy demande 30 milliards de dollars supplémentaires au Congrès, après une première enveloppe de 12,5 milliards obtenue en 2025.

Conséquences pour les acteurs du secteur

Pour les contrôleurs, la modernisation promet un poste de travail plus ergonomique et moins de basculement entre plusieurs écrans. Elle pourrait également alléger la pénurie de personnel qualifié, problème si aigu que l’administration a commencé à recruter parmi les joueurs de jeux vidéo pour combler les postes vacants. Pour les compagnies aériennes, le changement est également notable : certaines bases de navigation de Boeing sont encore mises à jour via disquette, un procédé aujourd’hui jugé obsolète et source de retards.

Un regard sur le futur du contrôle aérien

La transition vers le E‑IDS illustre les défis auxquels les infrastructures critiques doivent faire face lorsqu’elles vieillissent. Le remplacement complet ne se fera pas du jour au lendemain, mais chaque écran installé représente un pas vers une chaîne de décision plus fiable et plus rapide. Tant que les anciennes machines resteront en service, la fragilité du système – notamment le risque de pannes liées à l’obsolescence des supports – persistera. Le suivi de ce projet sera donc un indicateur clé de la capacité des autorités américaines à garantir la sécurité du ciel tout en maîtrisant les coûts.

En 2028, la FAA devrait ainsi disposer d’une flotte d’écrans unifiés, mettant fin à une ère où la disquette, étonnamment résistante aux pannes de réseau, a tenu plus de quarante ans de service.

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