Les quatre mastodontes du numérique – Alphabet, Amazon, Meta et Microsoft – ont annoncé des plans de dépenses d’investissement dépassant les 740 milliards de dollars pour 2024. Une partie de ces enveloppes sera consacrée à l’infrastructure Intelligence artificielleEnsemble de techniques permettant à des machines d'accomplir des tâches nécessitant habituellement certaines capacités humaines, comme la reconnaissance, la prédiction ou la prise de décision. : nouveaux centres de données, puces spécialisées, capacité de calcul massive. Au premier abord, ces chiffres témoignent d’une confiance affirmée dans la croissance de l’intelligence artificielle. Pourtant, les marchés montrent aujourd’hui des signes d’appréhension, rappelant que le pari financier est loin d’être sans risque.

Des dépenses colossales, mais un cash‑flow sous tension

Alphabet a déclaré un flux de trésorerie disponible négatif de 9,1 milliards de dollars au troisième trimestre, deuxième trimestre consécutif dans le rouge, alors que son capex trimestriel a grimpé à 51,4 milliards. La société prévoit d’investir jusqu’à 205 milliards d’ici à la fin de l’année, un chiffre qui pourrait encore augmenter d’ici 2027. Le paradoxe vient du succès d’AI Mode, le chatbot intégré à la recherche Google, qui consomme des ressources importantes tout en ralentissant la croissance des recettes publicitaires – le cœur de revenu de la firme, qui n’a progressé qu’à 12 % sur les cinq derniers trimestres.

Amazon se trouve dans une situation analogue : son flux de trésorerie disponible est passé de +14,8 milliards à –42,4 milliards sur 12 mois. Le géant du commerce électronique prévoit 220 milliards de capex pour l’année, même si son activité cloud, AWS, a affiché une hausse de 39 % du chiffre d’affaires. L’action a perdu 7 % après la publication des résultats, reflet de la méfiance des investisseurs face à un modèle de dépenses qui dépasse les rentrées de liquidités.

Meta, malgré une croissance publicitaire de 26 %, a enregistré un flux de trésorerie disponible négatif de 2,1 milliards de dollars au troisième trimestre. Son budget capex envisagé atteint 145 milliards, et le nouveau « Muse », Agent IASystème utilisant l'intelligence artificielle pour sélectionner et exécuter des actions en vue d'atteindre un objectif. personnel, a été qualifié par Mark Zuckerberg de très gourmand en calcul. La réaction du marché a été immédiate : l’action a chuté de 10 %.

Microsoft reste l’exception. Avec 18,6 milliards de flux de trésorerie disponible positif, la firme a limité son capex à 45,2 milliards, légèrement en dessous des 50 milliards prévus. Le retard attribué aux fournisseurs tiers n’est pas perçu comme un frein volontaire à l’IA, mais il a tout de même entraîné une baisse des actions des petites entreprises de location de puissance de calcul.

Le financement ne provient pas uniquement des bénéfices

Pour soutenir ces plans d’investissement, les géants du numérique ont massivement levé des fonds sur les marchés obligataires et actions. Selon S&P Global Market Intelligence, Microsoft, Alphabet, Amazon, Meta et Oracle ont collecté au total 326 milliards de dollars de dette en 2026 – trois fois plus qu’en 2025. Cette dépendance accrue aux financements externes alourdit le risque de défaut de paiement si les retours sur investissement tardent à se concrétiser.

Conséquences pour le secteur et pour les investisseurs

La demande en capacité de calcul IA reste robuste, comme en témoignent les performances des divisions cloud des trois géants. Néanmoins, la hausse des coûts d’infrastructure crée un climat d’incertitude. Le Nasdaq a reculé de 2,9 % vendredi, avec des baisses marquées chez les acteurs de la puce : Nvidia –4 %, Broadcom –5 % et Qualcomm –11 %.

Ce contexte pourrait également impacter les projets d’introduction en bourse liés à l’IA. Anthropic, start‑up d’IA qui a déposé son dossier d’IPO, dépend fortement de la capacité de calcul fournie par les hyperscalers. Blackstone aurait averti que l’entreprise pourrait ne pas obtenir une notation investissement‑grade, la rendant davantage dépendante des financements externes et des partenaires cloud.

En somme, les géants du numérique misent des sommes historiques sur l’infrastructure IA, tout en voyant leurs liquidités se réduire. Les investisseurs devront suivre de près la capacité de ces entreprises à convertir ces dépenses en revenus durables, sous peine de voir leurs valorisations s’éroder davantage.

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