Netflix a annoncé une vague de licenciements touchant environ 1 000 salariés, principalement dans les départements produit, technologie et juridique. Cette mesure s’accompagne du départ de plusieurs cadres clés, dont le chef du contenu, le président du film et la vice‑présidente du film. En même temps, la société a présenté son nouveau directeur des opérations, Peter Rice, décrit par le co‑PDG Ted Sarandos comme « l’un des opérateurs à grande échelle les plus efficaces de l’industrie du divertissement ».
Une série de signaux d’alerte
Ces changements arrivent alors que l’entreprise accuse un ralentissement de sa croissance aux États-Unis et un écart persistant avec les objectifs de revenus publicitaires. Le dernier trimestre a montré des performances en deçà des prévisions, notamment en raison d’un manque d’audience pour plusieurs nouvelles séries. Des titres comme East of Eden, Adolescence ou The Diplomat ont reçu un accueil positif, mais la plateforme est régulièrement critiquée pour annuler des séries avant qu’elles ne trouvent leur public.
Par ailleurs, la tentative d’acquisition de Warner Bros. a échoué, le studio ayant finalement conclu avec Paramount. Cette déception a privé Netflix d’une opportunité d’élargir rapidement son catalogue et d’augmenter son nombre d’abonnés, ainsi que d’obtenir une présence plus forte dans les salles de cinéma.
Le rôle de la direction internationale
Béla Bajaria, qui a dirigé le contenu télévisuel pendant plus d’une décennie, a été un moteur majeur de l’expansion mondiale de Netflix. Sous sa direction, la plateforme a introduit des productions internationales à succès comme Money Heist et Squid Game, qui ont généré des pics d’abonnements et des récompenses prestigieuses. Malgré ces succès, Bajaria a été licenciée, le co‑PDG la remerciant pour son « dévouement, innovation, créativité et leadership ». Certains observateurs estiment que son départ sert de bouc‑émissaire face aux difficultés actuelles.
Des ajustements de dépenses et des tensions internes
Dan Lin, arrivé en 2024 comme président du film et rapportant à Bajaria, a été recruté pour maîtriser les coûts. Fort d’une expérience de productions rentables comme The Lego Movie et le Aladdin en live‑action, Lin a également nommé Doug Belgrad comme vice‑président du contenu original. Cependant, selon le Hollywood Reporter, le style direct de Lin aurait pu créer des frictions avec des talents de haut niveau, notamment Greta Gerwig et Ben Affleck.
Prix en hausse et diversification des offres
Netflix a continué d’augmenter ses tarifs, misant sur les abonnements sans publicité et les niveaux ad‑supported pour soutenir la croissance des revenus. Cette stratégie, partagée par la plupart des services de streaming, a toutefois suscité du mécontentement chez certains abonnés, qui jugent que le rapport qualité‑prix s’est détérioré, surtout quand le catalogue ne répond pas toujours aux attentes.
En parallèle, la société a tenté d’élargir son portefeuille avec des podcasts et des jeux vidéo, des initiatives perçues comme des réponses aux concurrents comme YouTube, TikTok ou les services gratuits à support publicitaire. Le résultat reste mitigé : ces projets n’ont pas encore généré l’engagement espéré.
Le pari du nouveau COO
Peter Rice, ancien président de 21st Century Fox et ex‑directeur de Walt Disney Television, a rejoint Netflix en tant que COO. Son parcours, incluant la gestion de réseaux majeurs comme ABC et FX, ainsi que des productions cinématographiques récentes, suggère une volonté de renforcer les relations avec les studios et de pousser davantage le contenu de Netflix vers les salles de cinéma. Des projets comme The Magician’s Nephew et la suite de K‑Pop Demon Hunters sont déjà prévus pour des sorties en salles, et la société travaille à soumettre La bola negra aux Oscars.
Enjeux à venir
Si le contenu reste un pilier, Netflix devra également résoudre des problèmes structurels : rendre son service financièrement accessible tout en maintenant la qualité, clarifier sa stratégie de monétisation et éviter de se reposer uniquement sur des coups de maître ponctuels. Le nouveau COO pourrait jouer un rôle clé en réconciliant les attentes des créateurs avec les impératifs économiques de la plateforme.
En définitive, la route vers la stabilisation passe par une exécution plus rigoureuse aux États-Unis, une meilleure gestion des coûts et une communication transparente sur les évolutions tarifaires. Sans ces ajustements, la capacité de Netflix à conserver son audience face à une concurrence toujours plus diversifiée restera incertaine.
