Depuis la fin du mois d’octobre, les plus grands établissements bancaires des États‑Unis — JPMorgan Chase, Citigroup et Bank of America — ont annoncé le blocage des accès aux agents d’Intelligence artificielleEnsemble de techniques permettant à des machines d'accomplir des tâches nécessitant habituellement certaines capacités humaines, comme la reconnaissance, la prédiction ou la prise de décision. tiers sur leurs plateformes en ligne. Cette décision fait suite à la découverte, relayée par le site d’information Axios, de comptes clients auxquels s’étaient connectés des assistants autonomes comme Muse de Meta ou les Dots d’OpenAI, en utilisant les identifiants fournis directement par les usagers.
Une porte d’entrée volontaire
Contrairement aux fraudes traditionnelles où le pirate force l’accès, les agents d’IA ont été introduits « par la grande porte » : le client a partagé son nom d’utilisateur et son mot de passe avec l’assistant, espérant gagner du temps dans la gestion de factures, le suivi d’abonnements ou le virement de fonds. Cette pratique repose sur la confiance que les utilisateurs placent dans ces outils, mais elle crée un point de friction majeur pour les banques, qui voient d’un œil critique toute connexion qui ne provient pas d’une personne physique.
Risques perçus par les établissements
Les dirigeants bancaires soulignent deux axes de préoccupation. D’une part, le risque de sécurité : lorsqu’un logiciel se connecte avec les mêmes identifiants qu’un client, le système bancaire le considère comme le client lui‑même, rendant difficile la distinction entre une action légitime et une éventuelle erreur ou abus. Certains rapports d’Axios évoquent même des appels aux services clients ou des démarches initiées sans demande explicite, ce qui a alarmé les responsables de la conformité.
D’autre part, un enjeu commercial se profile. Si un assistant devient le point d’entrée principal pour les opérations financières, la relation directe entre la banque et son client s’estompe. La banque se transforme alors en simple canal de transaction, alors que son modèle repose sur un contact client étroit et sur la vente de services additionnels.
Réactions concrètes des acteurs du secteur
La réponse a été rapide. JPMorgan Chase a déclaré qu’aucun agent externe, dont Muse, ne serait autorisé à accéder directement aux comptes pour exécuter des actions. Citigroup a confirmé l’interdiction totale de connexion d’agents tiers, tandis que Bank of America a publié une consigne claire invitant les clients à ne jamais communiquer leurs mots de passe à un assistant IA.
Morgan Stanley, de son côté, a déjà mis en place des filtres qui bloquent les accès non autorisés et signale plus de dix tentatives hebdomadaires de connexion d’agents non approuvés. D’autres institutions, comme Charles Schwab, prévoient des procédures d’urgence pour couper immédiatement un accès suspect et restaurer le contrôle du compte.
Vers une régulation technique
Les banques ne s’opposent pas à l’intelligence artificielle en soi, mais elles réclament des cadres d’accès clairement définis. Parmi les solutions envisagées, le « lecture seule » apparaît comme un compromis : l’assistant pourrait consulter les soldes et les relevés sans pouvoir initier de paiement. Une autre piste passe par des API officielles, où l’accès serait médiatisé par la banque, avec des droits limités et des audits de sécurité.
Cette approche rappelle les débuts de l’agrégation de comptes, où les applications de gestion budgétaire utilisaient les identifiants des clients avant que les normes d’Open Banking ne standardisent des flux de données sécurisés. L’enjeu aujourd’hui est plus prononcé, car les agents d’IA ne se contentent plus de lire des informations : ils proposent d’agir, de prendre des décisions et même de négocier des offres.
Implications pour les utilisateurs
Le message principal à retenir est simple : ne jamais divulguer son mot de passe bancaire à un assistant d’IA. Si l’on souhaite tester ces outils, il est préférable de commencer par des accès limités, en lecture seule, et de garder la validation finale de chaque transaction. En l’absence de cadre juridique clair sur la responsabilité en cas d’erreur, le risque de se retrouver sans recours reste réel.
À moyen terme, les discussions entre régulateurs, banques et fournisseurs d’IA devraient aboutir à des standards communs. D’ici quelques années, il est plausible que les plateformes bancaires offrent des points d’accès dédiés aux agents, avec des garanties de sécurité semblables à celles des applications de paiement mobile aujourd’hui.
En attendant, la vigilance reste le meilleur bouclier : chaque mot de passe partagé représente une porte ouverte que la banque ne pourra plus contrôler.




