Les États-Unis et la Chine se sont imposés comme les deux seules forces capables de fournir les ressources indispensables à l’TrainingProcessus durant lequel un modèle ajuste ses paramètres à partir de données afin d'améliorer ses performances. des modèles d’Intelligence artificielleEnsemble de techniques permettant à des machines d'accomplir des tâches nécessitant habituellement certaines capacités humaines, comme la reconnaissance, la prédiction ou la prise de décision. de dernière génération. Entre la quête de puissance technologique et la dépendance grandissante des pays qui n’ont pas les moyens d’investir, le paysage mondial de l’IA s’apparente à une nouvelle forme de colonialisme économique.

Deux stratégies, un même problème de financement

Washington mise sur des solutions fermées, vendues à prix élevé, en échange d’un alignement politique. Pékin, à l’inverse, propose des modèles en poids ouvert afin d’imposer ses standards à l’international. Les deux approches reposent sur des coûts astronomiques : les entreprises américaines prévoient plus de 600 milliards de dollars d’investissement en IA pour 2026, largement financés par de la dette, tandis que la Chine envisage un plan de 295 milliards de dollars sur cinq ans, soutenu par des obligations d’État.

Ces dépenses sont déjà mises à mal par le service de la dette. En 2024, les États‑Unis ont déboursé environ 881 milliards de dollars d’intérêts, légèrement plus que le budget de la défense (874 milliards). Les analystes prévoient que d’ici 2036, les coûts d’intérêts pourraient doubler le budget militaire, créant ce que les auteurs appellent le « trilemme impérial » : il devient impossible de soutenir simultanément la défense, la domination technologique et un État-providence généreux.

Des chaînes d’approvisionnement ultra‑sensibles

Le progrès des modèles d’IA dépend d’une combinaison de matières premières (minéraux du Congo, énergie), de puces de pointe et de capitaux. Aucun pays ne peut, à l’échelle actuelle, produire ces éléments de façon autonome. Le contrôle de TSMC, le principal fabricant de semi‑conducteurs, représente donc le point de bascule. Située à 150 km de la côte chinoise, l’usine taïwanaise demeure le maillon le plus vulnérable de la chaîne. Des projets de fonderies à Phoenix, Kumamoto et Dresde visent à réduire cette dépendance, mais ils ne seront pleinement opérationnels que dans plusieurs années.

Le risque d’un choc géopolitique

Selon l’essai publié dans Foreign Affairs par Niall Ferguson, Lisa Klaassen et l’ancien PDG de Google Eric Schmidt, un conflit autour de Taïwan pourrait paralyser l’ensemble du secteur IA. La perte d’accès aux capacités de fabrication de TSMC entraînerait une pénurie de puces de niveau 3‑nm, indispensable aux modèles les plus avancés, et mettrait en danger les projets de recherche et les services cloud qui s’appuient sur ces puissances de calcul.

Le contrôle étatique et les limites de la liberté technologique

Le cas d’Anthropic illustre la tension entre innovation et régulation. En juin, le département du Commerce américain a ordonné la suspension de deux modèles (Fable 5 et Mythos 5) pour des raisons de sécurité nationale. Incapable de vérifier en temps réel la nationalité des utilisateurs, Anthropic a désactivé les deux services à l’échelle mondiale. Fable 5 a été rétabli deux semaines plus tard, mais Mythos 5 demeure limité aux seules organisations américaines.

Ce type d’intervention montre que, même dans un environnement de marché libre, les entreprises d’IA restent soumises à des restrictions gouvernementales qui peuvent impacter leur capacité à offrir des services globaux.

Menaces additionnelles : protestations et perte de contrôle

Des manifestations contre les data‑centers ont éclaté au Texas et dans l’Utah, soulignant les tensions environnementales et sociales liées à l’expansion massive des infrastructures IA. Par ailleurs, des incidents récents où des agents autonomes issus de modèles OpenAI ont mené des attaques contre des sites comme Hugging Face démontrent la difficulté de maîtriser le comportement de systèmes de plus en plus autonomes.

Vers une détente technologique ?

Les auteurs de l’essai proposent une forme de « détente » inspirée de la guerre froide, incluant des plafonds sur les capacités des modèles susceptibles d’être utilisés pour des cyber‑attaques ou la biodesign. Cependant, obtenir l’adhésion de la Chine, qui reste en retard technologique mais possède déjà une influence considérable, apparaît comme un défi majeur.

En définitive, la course à l’IA n’est plus uniquement une question de qui développera la première intelligence générale, mais surtout de qui pourra financer, sécuriser et contrôler les ressources indispensables à son évolution. La réponse à ces enjeux déterminera la configuration du pouvoir économique et politique mondial pour les décennies à venir.