La nouvelle saison de Blue Planet fait le pari inverse de ses prédécesseurs : laisser les défauts visibles à l’écran pour rassurer le public sur la réalité du contenu. Dans un contexte où l’Intelligence artificielleEnsemble de techniques permettant à des machines d'accomplir des tâches nécessitant habituellement certaines capacités humaines, comme la reconnaissance, la prédiction ou la prise de décision. peut polir chaque image jusqu’à la rendre irréelle, les producteurs ont choisi d’afficher les traces de la nature brute, même si elles semblent moins esthétiques.

Une décision éditoriale motivée par la méfiance à l’IA

Elizabeth White, productrice exécutive de la série, explique à The Guardian que les plans habituellement écartés – trop de plancton en suspension, embarcations ou bouées visibles, ou encore des conditions de mer jugées « pas assez bonnes » – sont désormais conservés. « Le nombre de particules flottant dans l’eau aurait conduit à couper le plan », indique‑t‑elle. L’idée est simple : si le montage montre des éléments qui ne sont pas parfaitement nettoyés, le spectateur est moins susceptible de suspecter une retouche générée par IA.

Des scènes spectaculaires, sans artifice

Malgré cette approche « warts‑and‑all », Blue Planet III ne sacrifie pas la richesse du contenu. La saison propose des séquences inédites : des dauphins qui bouchent les trous d’une barrière de corail avec des éponges marines pour piéger leurs proies, un échange sonore entre espèces de poissons qui semble dépasser les simples réponses de chaîne alimentaire, et un défilé de 200 000 crabes formant une ligne pour se nourrir. Selon White, « les créatures réelles sont probablement plus remarquables que ce que l’IA pourrait imaginer ».

Pourquoi cette transparence visuelle compte

Dans les documentaires précédents, le recours à la retouche numérique et à la stabilisation d’image a donné des images d’une netteté presque surnaturelle. Cette perfection a parfois alimenté les rumeurs selon lesquelles certaines scènes étaient synthétiques. En conservant les imperfections, la série répond à un besoin croissant de vérifiabilité : les spectateurs, de plus en plus conscients des possibilités de falsification, recherchent des indices tangibles d’authenticité.

Les limites de la méthode

Laisser les défauts visibles n’est pas sans risque. Certaines images peuvent paraître moins attrayantes, ce qui pourrait décourager une partie du public habituée à des visuels impeccables. De plus, la présence de bateaux ou de bouées peut parfois détourner l’attention du sujet principal, surtout chez les téléspectateurs moins familiers avec les environnements marins. Enfin, la stratégie repose sur l’hypothèse que les spectateurs comprennent que ces éléments sont volontairement conservés et non des erreurs de production.

Un impact sur les pratiques de production future

Si l’expérience de Blue Planet III s’avère positive, on pourrait assister à une évolution des standards de montage dans le domaine du documentaire. Les équipes pourraient intégrer davantage de « preuves d’authenticité » – comme des métadonnées affichées à l’écran ou des références à des mesures scientifiques – pour contrer les doutes engendrés par les outils d’IA. Cette orientation vers la transparence pourrait également influencer la façon dont les plateformes de streaming valorisent les contenus, privilégiant la crédibilité au profit du simple spectacle visuel.

En fin de compte, la série montre qu’il est possible de concilier beauté naturelle et honnêteté visuelle, rappelant que les océans restent fascinants même lorsqu’ils ne sont pas filtrés à l’extrême. Le public peut ainsi profiter d’une immersion authentique, tout en restant vigilant face aux avancées technologiques qui, si elles offrent des possibilités extraordinaires, peuvent aussi masquer la vérité.