Le vendredi 2026 marque la sortie en salles du premier film long métrage entièrement généré par Intelligence artificielleEnsemble de techniques permettant à des machines d'accomplir des tâches nécessitant habituellement certaines capacités humaines, comme la reconnaissance, la prédiction ou la prise de décision. en Chine. Intitulé Sanxingdui : Future Pas, il s’inscrit comme un véritable test pour une industrie cinématographique qui explore de nouvelles méthodes de création.

Un lancement ambitieux, mais des préventes timides

Selon la plateforme de billetterie Maoyan, plus de 10 000 séances ont été programmées pour le jour même de la sortie. Malgré cette diffusion massive, les ventes anticipées restent très limitées : 80 000 yuans (environ 10 700 €) le matin du vendredi, ce qui correspond à quelques milliers de billets selon les tarifs variables. Les prévisions de recettes totales n’excèdent pas 150 000 yuans (environ 20 000 €), soit une fraction infime du budget de production.

Un budget conséquent pour une expérience inédite

Le film a coûté plus de 10 millions de yuans, soit environ 1,3 million d’euros. Près d’une centaine de personnes ont travaillé pendant plus de deux ans pour mettre en place les algorithmes, les modèles de génération d’images et de sons, ainsi que les scénarios. Cette main‑d’œuvre humaine, même si elle a servi à encadrer l’IA, n’a pas suffi à convaincre une partie du public test.

Réactions du public et des professionnels

Jiang Defu, PDG de Bona Film Group, a reconnu que l’accueil était « tiède ». Il a toutefois souligné que le studio était le premier à obtenir une autorisation officielle de diffusion en salle pour un film généré par IA, et qu’il fallait désormais laisser le public juger le résultat. « Ce n’est vraiment pas une mince affaire », a‑t‑il déclaré à Yuli, média spécialisé.

Lors d’une avant‑première gratuite à Pékin, Iris Yang, membre d’une équipe du film, a avoué qu’elle n’aurait jamais acheté son billet, estimant que la qualité ne justifiait pas le prix. Elle a ajouté que seule une création capable d’égaler l’expérience d’un film comme Avatar la pousserait à dépenser.

Les commentaires sur les réseaux sociaux reflètent une même méfiance. Un utilisateur de Weibo a expliqué que la gratuité sur les plateformes de streaming pourrait rendre ce type de production « culte », mais que les spectateurs ne sont pas prêts à payer pour une salle de cinéma. Zhang Jun, réalisateur indépendant qui utilise l’IA, estime que le public ne sera pas motivé uniquement par le facteur technologique.

Le contexte chinois de la vidéo générée par IA

Les contenus vidéo créés par IA gagnent rapidement en popularité en Chine. Sur Douyin, l’équivalent local de TikTok, les mini‑séries générées par IA ont cumulé plus de 200 milliards de vues en septembre seulement. Cette dynamique montre un intérêt grandissant pour les formats courts, mais le passage à la grande distribution reste incertain.

Au-delà de la Chine : l’écho hollywoodien

Le phénomène n’est pas limité à l’Asie. Aux États-Unis, un long métrage de science‑fiction nommé Gods Don't Give Gifts doit sortir le 4 décembre, entièrement produit par IA. Le film met en scène une actrice virtuelle, Tilly Norwood, dont les interviews ont suscité des inquiétudes quant à l’impact de l’IA sur les métiers du cinéma. Cette sortie américaine souligne que l’industrie mondiale se trouve à un carrefour où la technologie remet en question les modèles traditionnels de production et de distribution.

Perspectives

Si les chiffres de Sanxingdui : Future Pas restent modestes, le projet ouvre la porte à de nouvelles expérimentations. La capacité de générer un long métrage complet à moindre coût technique pourrait intéresser d’autres studios, à condition que le public perçoive une réelle valeur artistique. La prochaine étape pourrait consister à proposer ces films d’abord en streaming, où le risque perçu par le spectateur est moindre, avant de tester à nouveau le modèle de la salle.