L’indice mondial de l’innovation 2026, publié par l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI), montre que l’Intelligence artificielleEnsemble de techniques permettant à des machines d'accomplir des tâches nécessitant habituellement certaines capacités humaines, comme la reconnaissance, la prédiction ou la prise de décision. a absorbé 77 % de la valeur des opérations de capital‑risque au premier semestre 2026. Autrement dit, trois investisseurs sur quatre placent leurs fonds dans des start‑up qui intègrent l’IA, au détriment de toutes les autres technologies.
Cette proportion grimpe rapidement : sur l’ensemble de la période étudiée, l’IA représentait 53 % du capital‑risque, pour atteindre 77 % en seulement six mois. Daren Tang, directeur général de l’OMPI, rappelle que l’IA ouvre de nouvelles perspectives dans tous les domaines scientifiques, mais que la reprise du financement se fait « presque exclusivement » dans ce secteur.
Les effets sont déjà perceptibles pour les domaines qui ne reposent pas directement sur l’IA. Les biotechnologies, les énergies propres, les matériaux avancés ou l’agriculture doivent se partager le quart restant du capital‑risque. Certains projets tirent parti indirectement de l’IA – par exemple pour la découverte de médicaments ou la modélisation climatique – mais une start‑up qui développe une nouvelle batterie sans évoquer l’intelligence artificielle trouve plus difficile à lever des fonds. Le phénomène pousse même des équipes à ajouter le terme « IA » à leurs présentations, simplement pour rester visibles aux yeux des investisseurs.
Cette concentration crée aussi une pression sur les ressources matérielles. La demande en puces spécialisées, en mémoire et en énergie monte en flèche, ce qui alourdit le prix des smartphones et des ordinateurs grand public. Les centres de données mobilisent davantage de terrain, d’eau et de capacité électrique, ressources que d’autres industries convoitent également.
Du point de vue de la rentabilité, les chiffres restent modestes. Les analystes estiment que l’industrie de l’IA devra générer près de 6 000 milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel d’ici 2031 pour amortir les investissements massifs dans les infrastructures. Aujourd’hui, les revenus sont bien en dessous : OpenAI cible un peu plus de 25 milliards de dollars pour l’année, tandis que Mistral AI, champion européen, a levé 3 milliards d’euros mais ne dépasse pas le milliard de chiffre d’affaires. Les investisseurs misent principalement sur des gains de productivité futurs ; si ces gains tardent, la correction toucherait d’abord les entreprises qui ont tout misé sur l’IA, puis celles qui n’ont pas pu obtenir de financement.
Pour les entrepreneurs français, la leçon est claire. Les fonds de capital‑risque privilégient désormais les projets où l’IA joue un rôle central et démontrable. Un usage superficiel sera rapidement démasqué, tandis qu’un projet qui s’en passe devra explorer d’autres sources : Bpifrance, programmes européens, business angels sectoriels ou financement participatif. Ces alternatives, moins médiatisées, financent précisément les innovations que le capital‑risque néglige.
En définitive, l’innovation mondiale s’appuie aujourd’hui de façon disproportionnée sur une seule technologie. Tant que la promesse de gains de productivité se concrétise, l’avalanche de capitaux continuera d’alimenter le développement de l’IA. Mais cette dépendance crée une fragilité : un ralentissement du secteur pourrait redistribuer les ressources et modifier profondément la dynamique de l’innovation dans les années à venir.




