Le 29 octobre, Binance a été victime d'une intrusion qui a permis aux attaquants de transférer l'intégralité des actifs d'un de ses hot wallets, soit environ 6,3 milliards de dollars en cryptomonnaies. Le mécanisme exploité repose sur la fonction EIP‑7702, récemment introduite sur la blockchain Ethereum, qui permet à un portefeuille de déléguer ses droits à un contrat intelligent. Cette autorisation, conçue pour faciliter des opérations complexes, s'est révélée vulnérable lorsqu'elle a été utilisée à des fins malveillantes.

Une autorisation détournée

EIP‑7702, déployée en mai 2025, offre la possibilité à un compte standard de signer une autorisation pointant vers un contrat. Le contrat peut alors exécuter du code en utilisant les fonds du portefeuille signataire. Parmi les usages prévus, on trouve la consolidation de plusieurs actions en une transaction unique, le paiement du gaz par un tiers ou la délégation temporaire de droits à des clés secondaires (par exemple pour des bots de trading). L'autorisation reste active tant qu'elle n'est pas révoquée explicitement, ce qui implique que le détenteur du portefeuille doit signer une transaction de révocation vers une adresse vide ou un autre contrat.

Dans le cas de Binance, un employé a vu son ordinateur compromis. L'attaquant a récupéré la signature d'autorisation, l'a soumise au réseau depuis une adresse alimentée via Tornado Cash, puis a déclenché le contrat malveillant qui a drainé le hot wallet en quelques minutes, alors qu'il était 21 h en France. La rapidité de l'exécution a limité les possibilités d'intervention de l'équipe de sécurité.

Qui est derrière ?

Le FBI a rapidement lié l'attaque au mode opératoire "TraderTraitor", déjà observé dans le groupe Lazarus, rattaché à la Corée du Nord. Une liste d'environ 600 adresses Ethereum, 20 adresses Bitcoin et une adresse Solana a été fournie comme trace du flux des fonds. Le même schéma avait été repéré fin septembre, après le piratage de Bitget, où des fonds avaient transité par une adresse déjà utilisée par ce groupe.

La réponse de Binance

Binance a déclaré que l'autorisation n'avait pas passé les contrôles habituels et qu'aucune fuite de clés n'avait été prouvée, bien qu'un ordinateur d'employé ait été compromis. Pour couvrir les pertes, la plateforme a mobilisé trois leviers : le SAFU (Secure Asset Fund for Users), les Futures Insurance Funds et sa trésorerie. Le SAFU, alimenté par les frais de transaction, a vu son solde réduit de moitié (7500 bitcoins, environ 600 M$) et Binance prévoit de le reconstituer à 1 milliard de dollars.

Les Futures Insurance Funds, réserves dédiées aux produits dérivés, sont destinés à compenser les pertes des traders en cas de défaut de Binance. L'entreprise indique qu'elle n'a pas besoin de puiser dans ces fonds pour le moment, mais qu'elle le ferait si nécessaire.

Preuve cryptographique de couverture

Le 31 octobre, Binance a publié un "instantané de preuve de réserves" basé sur une structure en arbres de Merkle et une preuve à divulgation nulle de connaissance. Ce mécanisme permet à chaque utilisateur de vérifier que ses actifs sont bien comptabilisés sans révéler les soldes individuels. La génération de la preuve a pris entre 40 et 50 heures ; un nouveau snapshot est prévu le 4 novembre.

Conséquences pour les utilisateurs

Les retraits, suspendus après l'attaque, ont repris le 1er novembre à 7 h en France. En moins de 10 heures, Binance a traité 4,649 milliards de dollars de retraits contre 1,01 milliard de dépôts, soit une sortie nette de 3,64 milliards, ce qui ne représente que 2 % de ses actifs totaux sous gestion (171 milliards). Le cours du bitcoin a légèrement reculé, moins de 5 %.

Par ailleurs, plus de 3 milliards de dollars d'actifs restent gelés, principalement des stablecoins (USDT, USDC). Les pirates ont exploité des plateformes de prêt comme Aave, déposant 60 millions d'USDT en collatéral pour emprunter près de 20 000 ETH (44 M$). Les protocoles concernés n'ont pas encore de mécanisme de récupération des ETH ainsi obtenus.

Perspectives

L'incident montre que les nouvelles fonctionnalités d'Ethereum, bien qu'utiles, peuvent introduire des vecteurs d'attaque si elles ne sont pas correctement encadrées. Les plateformes devront renforcer leurs procédures de validation des autorisations et surveiller de près les hot wallets. Pour les utilisateurs, le rappel est clair : la sécurité des clés et des appareils de travail reste la première ligne de défense contre ce type de compromission.

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