SpaceX vient d’annoncer des résultats financiers qui marquent un tournant décisif : plus de la moitié de ses revenus provient désormais de l’Intelligence artificielleEnsemble de techniques permettant à des machines d'accomplir des tâches nécessitant habituellement certaines capacités humaines, comme la reconnaissance, la prédiction ou la prise de décision.. Le groupe d’Elon Musk, longtemps identifié comme le champion des lancements spatiaux, semble réorienter ses priorités vers ce qui devient rapidement son activité phare.
Une croissance fulgurante du chiffre d’affaires
Au troisième trimestre, SpaceX a déclaré 14,6 milliards de dollars de chiffre d’affaires, selon le dépôt réglementaire publié mardi. Ce chiffre, déjà conséquent, est surtout tiré par la nouvelle division baptisée « Super Intelligence », qui a généré 7,5 milliards de dollars. Cette branche regroupe le service de codage automatisé Cursor, le bot conversationnel Grok et, surtout, le « neocloud », un ensemble de data‑centers capables de fournir 1,7 GW de puissance de calcul.
L’activité IA a également dégagé un profit de 431 millions de dollars, même après une charge exceptionnelle de 1,2 milliard liée à la compensation en actions liée à l’acquisition de Cursor. Sans cette dépense ponctuelle, le bénéfice aurait été nettement supérieur.
Outre l’IA, le résultat a été boosté d’environ 1 milliard de dollars grâce à la remontée du cours du Bitcoin, ainsi que par des revenus de tierces parties non détaillés, possiblement issus d’un investissement de SpaceX dans une autre société.
Des dépenses d’envergure pour soutenir la transition
Le chiffre d’affaires croissant s’accompagne d’un niveau d’investissement tout aussi important. Au cours du même trimestre, SpaceX a engagé 19,6 milliards de dollars de dépenses en capital. Parmi les projets phares, le data‑center « Colossus II », situé à Memphis, Tennessee, progresse rapidement : le PDG a indiqué qu’il passe quatre jours par semaine sur le site pour accélérer sa mise en service.
Le CFO Bret Johnsen a annoncé que le quatrième trimestre verrait entre 35 et 40 milliards de dollars d’investissements supplémentaires, destinés à la fois aux infrastructures de calcul et au développement du lanceur Starship. Ce dernier, essentiel pour le déploiement de la prochaine génération de satellites Starlink et la création de data‑centers orbitaux, représente un pari technologique majeur.
L’enjeu énergétique : puissance et refroidissement avant les puces
Musk a souligné que la contrainte principale à la diffusion massive de l’« intelligence super » réside davantage dans la disponibilité d’énergie et de systèmes de refroidissement que dans la performance des puces elles‑mêmes. Pour pallier les retards de 12 à 18 mois que connaissent les fabricants de turbines, SpaceX a détourné ses capacités de fonderie spatiale afin de produire directement les composants nécessaires à ses turbines. Cette approche permet d’accélérer la mise en place de nouveaux data‑centers, un facteur clé pour soutenir les modèles d’IA gourmands en ressources.
Un réseau Starlink en pleine expansion
Parallèlement, le nombre d’abonnés à Starlink a atteint 13,6 millions d’utilisateurs, un chiffre qui illustre la demande croissante d’accès à Internet à haut débit. Musk prévoit que l’essor des agents d’IA générera davantage de trafic, renforçant ainsi le rôle de Starlink comme infrastructure de connectivité indispensable aux services cloud.
Vers la rentabilité, mais la route reste longue
Le bénéfice net du trimestre s’élève à 4,4 milliards de dollars, une nette amélioration face à la perte d’un milliard enregistrée à la même période l’an dernier. Cependant, sur les neuf premiers mois de l’année, SpaceX affiche encore un déficit cumulé de 413 millions de dollars, signe que la rentabilité globale reste un objectif à atteindre.
Ambitions financières à l’horizon 2027
Musk a exprimé une confiance remarquable quant aux perspectives de la division IA : il estime que le revenu récurrent annuel de SpaceX pourrait se situer entre 500 milliards et 1 billion de dollars d’ici la fin 2027. Le CFO, de son côté, a prévisionné un chiffre d’affaires de 33 à 37 milliards de dollars pour le premier trimestre 2027, ce qui donne une idée de la trajectoire envisagée.
Prochaines étapes techniques
Le lancement prévu du Starship en novembre comportera une tentative de récupération simultanée du premier et du deuxième étage, un exploit que Musk qualifie de « jalon technologique massif ». Le véritable défi, selon lui, sera de réutiliser les deux étages, une prouesse qui pourrait réduire considérablement les coûts de lancement et accélérer le déploiement de satellites et de data‑centers en orbite.
Impacts concrets pour les utilisateurs et les développeurs
Pour les entreprises qui s’appuient sur des modèles d’IA, la montée en puissance de la « Super Intelligence » de SpaceX promet des capacités de calcul plus accessibles, à condition que les problèmes d’infrastructure énergétique soient résolus. Les développeurs pourront bénéficier d’outils comme Cursor, qui automatisent le codage, et de Grok, un agent conversationnel destiné à assister les équipes techniques.
Du côté des particuliers, le renforcement du réseau Starlink et l’augmentation du nombre de serveurs IA pourraient se traduire par des services plus rapides, que ce soit pour le streaming, les jeux en ligne ou les applications professionnelles dépendant de l’intelligence artificielle.
Risques et incertitudes
Malgré l’optimisme affiché, plusieurs facteurs restent incertains. Les coûts d’investissement massifs pourraient mettre à rude épreuve la trésorerie, surtout si les prévisions de revenus ne se concrétisent pas. De plus, la dépendance à des matières premières pour les turbines expose la chaîne d’approvisionnement à des retards imprévus.
Enfin, la concurrence dans le secteur des data‑centers IA s’intensifie, avec des acteurs comme Microsoft, Google et Amazon qui investissent également lourdement dans les infrastructures de calcul. SpaceX devra donc prouver que son modèle hybride – mêlant capacités spatiales et terrestres – peut réellement offrir un avantage concurrentiel durable.
En résumé, SpaceX ne se contente plus de lancer des fusées ; il construit un écosystème où l’intelligence artificielle, le réseau de satellites et les data‑centers interagissent pour créer une nouvelle forme de services cloud, dont l’impact sur le marché technologique pourrait s’avérer majeur dans les années à venir.
