Le 8 septembre 2026, la start‑up française spécialisée dans les modèles de langage a annoncé une levée de fonds de 3 milliards d’euros, portant sa valorisation à plus de 21 milliards. Il s’agit du plus gros tour de table jamais réalisé par une société technologique non cotée en Europe. Le principal investisseur est le conglomérat sud‑coréen Samsung, suivi du Scaleup Europe Fund, d’ASML, de BNP Paribas, de Bpifrance et de Nvidia.
Un tour de table record
Mistral Intelligence artificielleEnsemble de techniques permettant à des machines d'accomplir des tâches nécessitant habituellement certaines capacités humaines, comme la reconnaissance, la prédiction ou la prise de décision., fondée en 2023, emploie près de 1 200 salariés, dont 300 chercheurs. Avant ce nouveau financement, sa valorisation était d’environ 12 milliards d’euros. En un an, elle a donc plus que doublé. Malgré l’entrée de Samsung, deux tiers du capital restent détenus par des investisseurs européens, ce qui permet à l’entreprise de conserver le label « sous pavillon européen » que ses fondateurs mettent en avant.
Pourquoi Samsung ?
Samsung figure parmi les trois plus grands fabricants mondiaux de mémoire informatique, une composante clé pour les systèmes d’intelligence artificielle qui nécessitent d’énormes quantités de stockage et de bande passante. Mistral, qui prévoit d’acheter davantage de puces et de bâtir ses propres centres de données, bénéficie ainsi d’un accès privilégié à une source stratégique de composants. De son côté, Samsung voit dans cette prise de participation une porte d’entrée vers le marché européen de l’IA et un partenaire capable de contrer la domination américaine dans le même secteur.
À quoi servira l’argent ?
Mistral a indiqué que le capital levé servira principalement à trois axes :
- Renforcer la recherche – augmenter la capacité de calcul pour entraîner des modèles plus grands et plus performants ;
- Déployer de nouveaux data‑centers – offrir aux clients européens des infrastructures hébergées sous juridiction locale, condition essentielle pour garantir la maîtrise des données ;
- Accélérer l’internationalisation – ouvrir des sites en Asie et en Amérique du Nord afin de répondre à une demande croissante.
Sur le plan commercial, l’entreprise cible un chiffre d’affaires d’un milliard d’euros pour l’exercice 2026, loin derrière les géants américains comme OpenAI qui prévoient plus de 25 milliards. Cette différence souligne la position de niche de Mistral : un acteur solide, mais qui se concentre surtout sur les clients professionnels, les industries et les services publics.
Des acquisitions ciblées
Les premiers mois de l’année ont déjà vu deux rachats : la start‑up parisienne Koyeb en février et la société autrichienne Emmi AI en mai, spécialisée dans la simulation industrielle. Le 22 septembre, Mistral a annoncé l’acquisition de Pimento, une entreprise française développant des campagnes publicitaires générées par IA. Cette série d’opérations indique une stratégie claire : diversifier les offres au‑delà du simple modèle de texte, tout en consolidant une présence dans les secteurs où la confidentialité des données est primordiale, comme l’aérospatial, l’énergie ou l’automobile.
La souveraineté en pratique
Mistral définit la souveraineté avant tout comme la capacité pour un client de garder le contrôle de ses données, sans dépendre d’un acteur soumis au Cloud Act américain. L’infrastructure européenne, les modèles entraînés localement et les contrats de service régis par le droit de l’UE sont les piliers de cette promesse. L’implication de Samsung ne remet pas en cause ces principes, à condition que les accords de fourniture de puces restent séparés de la gouvernance des données.
Pour les entreprises françaises qui envisagent d’utiliser Mistral, le critère décisif restera la localisation des serveurs et la transparence des clauses contractuelles, plus que la simple répartition de l’actionnariat. Dans ce cadre, Mistral apparaît aujourd’hui comme l’option européenne la plus crédible pour des organisations cherchant à éviter les plateformes américaines tout en conservant un niveau de performance comparable.
Perspectives
Le financement massif montre que l’Europe peut mobiliser des capitaux, mais qu’elle doit également compter sur des partenaires extérieurs pour accéder aux composants essentiels. Si le modèle de Mistral se confirme, d’autres start‑ups pourraient suivre la même voie, combinant souveraineté technologique et alliances stratégiques au niveau mondial.
