Les data‑centres qui alimentent les modèles comme ChatGPT ou Gemini ont besoin d’une quantité colossale de mémoire vive. Face à cette demande, les trois grands producteurs de DRAM – Samsung, SK Hynix et Micron – réorientent une partie de leurs lignes de production vers des puces haute performance destinées aux serveurs d’Intelligence artificielleEnsemble de techniques permettant à des machines d'accomplir des tâches nécessitant habituellement certaines capacités humaines, comme la reconnaissance, la prédiction ou la prise de décision.. Selon l’étude de TrendForce, les charges de travail liées à l’IA pourraient absorber environ 20 % de la capacité mondiale de fabrication de DRAM d’ici 2026.

Une hausse de prix spectaculaire

Le déséquilibre entre l’offre et la demande se traduit rapidement en hausse des tarifs. Le même cabinet indique que les prix de la mémoire pour ordinateurs et téléphones sont aujourd’hui cinq à six fois supérieurs à ceux d’il y a un an. Gartner parle même de « memflation » et prévoit une augmentation de 125 % du prix de la DRAM sur l’année en cours. À Hong Kong, un assembleur de PC sur mesure rapporte que le coût d’un module de 16 Go, qui oscillait entre 35 € et 45 €, dépasse maintenant les 170 €.

Les constructeurs répercutent ces coûts sur leurs gammes. Apple a confirmé une hausse d’environ une centaine de livres pour l’iPhone au Royaume‑Uni, tandis que Lenovo, Dell, HP, Acer et Asus annoncent des augmentations de 15 à 20 % à partir du second semestre 2026. IDC estime que le prix moyen des PC pourrait grimper de 8 % cette année, et Counterpoint Research prévoit une majoration d’environ 7 % pour les smartphones.

Moins de RAM pour le même prix

Le phénomène le plus insidieux ne se lit pas sur l’étiquette. Pour contenir les prix affichés, certains fabricants limitent la quantité de RAM embarquée. TrendForce prévoit que les smartphones haut de gamme resteront bloqués à 12 Go de mémoire vive, au lieu de passer à 16 Go comme on pouvait s’y attendre. En revanche, les modèles d’entrée de gamme pourraient reculer à 4 Go, alors que certains appareils offrent aujourd’hui 6 ou 8 Go.

Cette réduction a un impact direct sur les fonctionnalités d’IA embarquées. Les PC équipés de Windows Copilot+ exigent déjà 16 Go de RAM minimum. Si la capacité disponible diminue, les performances de ces assistants risquent d’en pâtir.

Quels scénarios d’achat ?

Les analystes sont assez consensuels : le déséquilibre ne devrait pas se résorber avant la fin 2027, dans le meilleur des cas. Attendre les fêtes de fin d’année pour profiter de prix plus bas paraît donc peu judicieux. Si votre appareil montre des signes d’usure, il peut être plus raisonnable de le remplacer dès maintenant plutôt que de remettre l’achat à plus tard.

Quelques pistes pour limiter l’impact sur le portefeuille :

  • Comparez la quantité de RAM d’une génération à l’autre avant de vous fier au seul nom du modèle. Un successeur peut être moins bien doté que son prédécesseur.
  • Explorez le marché du reconditionné, où les modèles de 2024‑2025 bien équipés en mémoire sont souvent proposés à des tarifs attractifs.
  • Optez pour un PC de bureau évolutif, capable d’ajouter de la RAM ultérieurement, dès que les prix se stabilisent.
  • Pour des usages simples (messagerie, navigation, photos), un appareil du milieu de gamme de l’an passé reste largement suffisant.

Le coût caché de l’IA pour le consommateur

Le RAMageddon illustre une vérité souvent négligée : la course à l’intelligence artificielle a un coût qui se répercute sur chaque utilisateur, même celui qui n’utilise jamais de chatbot. Chaque centre de données qui entraîne un modèle consomme une part de la ressource limitée qu’est la DRAM, et cette pression se reflète dans le prix final des smartphones, des ordinateurs et même des voitures équipées d’informatique embarquée.

Surveiller les annonces de prix, s’informer sur les capacités de mémoire et privilégier des solutions évolutives sont les meilleurs moyens de traverser cette période de turbulence sans sacrifier ses besoins numériques.