Une étude publiée le 22 septembre 2026 par Le Monde montre que les offres d’emploi destinées aux jeunes diplômés ont chuté de façon spectaculaire depuis l’essor de l’IA générativeIntelligence artificielle capable de créer de nouveaux contenus, notamment du texte, des images, du son, des vidéos ou du code.. Les salariés déjà en poste conservent leur emploi, mais les nouveaux arrivants se heurtent à une porte qui se referme.
Une chute mesurée des annonces
Les économistes Marie‑Renée Andreescu et Éric Maurin ont analysé les annonces déposées sur la plateforme France Travail entre fin 2023 et début 2026. Ils ont classé les métiers selon leur exposition à l’IA générative. Dans le secteur informatique et les technologies de l’information, les postes les plus exposés ont perdu plus de 50 % d’annonces par rapport aux métiers peu exposés (jardinier, infirmier). Pour 125 métiers aux liens plus indirects avec l’Intelligence artificielleEnsemble de techniques permettant à des machines d'accomplir des tâches nécessitant habituellement certaines capacités humaines, comme la reconnaissance, la prédiction ou la prise de décision. – comptabilité, ressources humaines – le recul est d’environ 25 %. L’effet global sur l’ensemble des nouvelles offres tourne autour de 5 %. L’INSEE confirme une contraction de 3 % de l’emploi salarié dans l’information et la communication sur deux ans.
Pas de licenciements massifs, mais un gel du recrutement junior
Contrairement aux craintes d’une vague de licenciements, les entreprises françaises n’ont pas supprimé massivement des postes. Elles réduisent surtout le nombre de recrutements juniors. Un développeur senior qui s’appuie sur un assistant de code produit davantage sans besoin de renfort. Un service RH qui automatise le tri des candidatures et la rédaction des fiches de poste n’a pas besoin d’embaucher de nouveaux agents. Le travail supplémentaire est absorbé par les équipes existantes, soutenues par les outils d’IA.
Le constat le plus frappant concerne les jeunes diplômés et les moins de 30 ans. Les tâches d’entrée de gamme – premiers développements, saisie, vérification – sont les premières à être prises en charge par l’IA. Ainsi, la porte d’entrée du marché du travail se rétrécit sans que les salariés en place ne soient menacés.
Un emploi sur six menacé selon d’autres études
Un rapport conjoint de Coface et de l’Observatoire des emplois menacés et émergents estime qu’en France un emploi sur six serait menacé par l’intelligence artificielle. Cette évaluation s’appuie sur des données réelles d’annonces disparues, ce qui renforce la crédibilité des conclusions d’Andreescu‑Maurin.
Que peuvent faire les jeunes aujourd’hui ?
Le tableau n’est pas désespéré : les métiers directement exposés à l’IA évoluent plutôt que disparaissent. Les recruteurs recherchent désormais des profils capables de travailler avec ces outils, pas seulement des exécutants.
- Portfolio concret : présenter un projet mené avec des outils d’IA (chatbots, génération de contenus, automatisation de tâches).
- Contributions open source : participer à des projets collaboratifs montre la maîtrise technique et l’esprit d’initiative.
- Alternance ou stage : une expérience en entreprise vaut souvent plus qu’un diplôme seul.
- Compétences humaines : jugement, vérification, relation client restent des atouts que l’IA maîtrise mal.
Des ressources gratuites existent. L’Afpa propose un cours en ligne sans frais sur l’usage professionnel de l’IA. France Travail organise, dès cet automne, des webinaires dédiés aux demandeurs d’emploi.
Les secteurs moins exposés restent porteurs
Les métiers du soin, de l’artisanat, de l’installation et de la maintenance ne montrent pas de recul notable. Ils continuent de recruter, offrant ainsi une alternative aux jeunes qui souhaitent éviter les postes les plus automatisés.
Vers une réflexion publique avant 2027
À l’approche de 2027, le débat public devra s’articuler autour de nouvelles réponses politiques. Les dispositifs classiques – plans sociaux, assurance chômage, RerankingÉtape consistant à réévaluer et réordonner des résultats de recherche selon leur pertinence estimée. – ne résolvent pas le problème d’une génération à qui l’accès à l’emploi est limité dès le départ. Parmi les pistes envisagées :
- Incitations à l’embauche des débutants : subventions ou allègements fiscaux pour les entreprises qui recrutent des profils juniors.
- Refonte de l’apprentissage : renforcer la formation en alternance et les parcours professionnalisants où les tâches d’apprentissage ne sont pas automatisables.
- Formation continue en entreprise : permettre aux salariés de monter en compétences sur les outils d’IA afin de créer de nouveaux postes intermédiaires.
Le Code du travail ne mentionne pas encore l’intelligence artificielle, mais les jeunes qui cherchent un emploi la rencontrent quotidiennement dans les processus de recrutement.
