Le secteur de l’Intelligence artificielleEnsemble de techniques permettant à des machines d'accomplir des tâches nécessitant habituellement certaines capacités humaines, comme la reconnaissance, la prédiction ou la prise de décision. connaît un rythme d’innovation effréné, mais il génère aussi un nombre croissant de projets qui s’arrêtent avant d’atteindre la maturité. De petites startups aux géants du cloud, plusieurs initiatives récentes ont disparu, pivoté ou vu leurs ambitions réduites. Cette vague de « tombes d’IA » permet d’en tirer des leçons sur les attentes du marché, les contraintes techniques et les défis de la monétisation.
Des plateformes d’automatisation aux limites du marché
Relay, lancé en 2018 comme alternative à Zapier, proposait d’automatiser les courriels et les tâches grâce à des agents d’IA. Malgré un concept attractif, le service a fermé en août, cinq ans après sa création. La concurrence directe des grands acteurs – OpenAI, Google et d’autres – qui intègrent désormais l’automatisation dans leurs suites a laissé peu de place à une solution indépendante.
Les géants ne sont pas à l’abri des revers
OpenAI a tenté de TransformerArchitecture de réseau neuronal reposant notamment sur des mécanismes d'attention pour traiter des séquences de données. ChatGPT en une « super‑app » le 9 juillet, en regroupant les modes « Chat », « Codex » et « Work » sous une même interface, rebaptisée « ChatGPT Classic ». Les retours d’utilisateurs, qui trouvaient l’interface confuse, ont conduit à un retour rapide à la version classique. Le même groupe a également arrêté plusieurs applications autonomes – le navigateur AI Atlas, l’agent Operator et le générateur d’images DALL‑E – en les intégrant directement dans ChatGPT. Le service de partage vidéo Sora, lancé en 2025, a quant à lui été abandonné en mars 2026 en raison de coûts élevés et d’un faible taux de rétention.
Un assistant vocal qui peinait à décoller
Apple a présenté « Apple Intelligence » en 2024, promettant un Siri capable de comprendre le contexte et d’interagir entre les applications. Des retards répétés, justifiés par des problèmes d’ingénierie, ont conduit à un règlement de 250 millions de dollars lié à la publicité trompeuse autour des capacités AI de l’iPhone 16. La version AI de Siri a finalement été déployée en version bêta iOS 27 en juillet, d’abord pour l’anglais, avec une prise en charge progressive des autres langues.
Controverses autour de la confidentialité
Microsoft a dévoilé Recall lors de la conférence Build 2024, une fonction qui capture périodiquement des captures d’écran pour créer une « mémoire photographique » de l’utilisateur. L’annonce a immédiatement suscité des craintes de vie privée, le risque de stocker des informations sensibles comme des mots de passe. Le projet a été retardé d’un an et, malgré un redesign, des chercheurs en cybersécurité ont démontré la possibilité d’extraire les données capturées, relançant le débat sur la sécurité du produit.
Start‑ups qui n’ont pas trouvé leur créneau
Notion Mail, lancé en avril 2025 pour automatiser la boîte de réception, a constaté que ses utilisateurs préféraient des agents tiers, conduisant à sa fermeture prévue le 22 septembre.
Le Humane AI Pin, porté par 230 millions de dollars de financement, visait à offrir des fonctions d’IA via un dispositif portable. Des problèmes de performance, aggravés par un avertissement de risque d’incendie de la batterie, ont entraîné la cessation du projet en février 2025, suivi d’une cession d’actifs à HP pour 116 millions de dollars.
Le Rabbit R1, présenté au CES 2024 comme compagnon IA, a vendu 100 000 unités rapidement, mais les critiques ont souligné un produit incomplet, avec des intégrations limitées et une fiabilité douteuse. L’entreprise persiste en repositionnant le R1 comme contrôleur d’ordinateur et annonce un nouveau projet « Project Cyberdeck » destiné aux développeurs mobiles.
Huxe, appli audio qui convertissait du texte en podcasts, a fermé en mai 2026 face à la concurrence de plateformes comme Spotify qui développent leurs propres solutions AI.
Yupp, espace gratuit où les utilisateurs pouvaient comparer les réponses de plus de 800 modèles d’IA et gagner des cryptomonnaies, a disparu en mars 2026 faute d’une adéquation suffisante entre le produit et le marché.
Figgs AI, qui permettait de créer des personnages IA pour le jeu de rôle, a attiré plus d’un million d’utilisateurs entre 2023 et 2024, mais les coûts de fonctionnement ont poussé les créateurs à arrêter le service.
Le cas emblématique de Character.ai
Lancé en 2021 par d’anciens chercheurs de Google, Character.ai a rapidement gagné en popularité grâce à des chatbots personnalisables. Après une levée de 150 millions de dollars en 2023 et une acquisition de licence technologique par Google pour 2,7 milliards de dollars, l’entreprise a été confrontée à plusieurs procès de familles accusant les bots d’influencer des comportements suicidaires, ainsi qu’à une mise en demeure de Disney pour utilisation non autorisée de ses personnages. Malgré des mesures restrictives – interdiction aux moins de 18 ans, règlements de litiges – la société a déclaré faillite en octobre 2026. Disney est devenu le premier enchérisseur, proposant 20 millions de dollars pour une licence sur certaines propriétés intellectuelles, tandis que l’application continue de fonctionner pendant le processus de vente.
Leçons à retenir
Ces cas illustrent la difficulté de transformer des innovations technologiques en services pérennes. La concurrence des géants qui intègrent les fonctionnalités AI dans leurs offres, les exigences de confidentialité et la nécessité d’un modèle économique solide apparaissent comme les principaux obstacles. Pour les développeurs, la capacité à se différencier, à garantir la sécurité des données et à répondre à une demande réelle reste la clé d’une réussite durable.
En observant cet « cimetière » d’IA, on comprend que chaque lancement doit être accompagné d’une stratégie claire de monétisation et d’un suivi rigoureux des retours utilisateurs, afin d’éviter que l’innovation ne se transforme en simple curiosité éphémère.
